Semaine du 9 mai

Lundi 9 mai. Julie et Xave repartent le matin vers leur Nord natal, écœurés à jamais à l’idée d’avoir une descendance. Moi, je bosse sans entrain, mais je suis content de revoir le port en activité. Ça sent l’iode, la marée, la vase, le poisson, tout ça mélangé. J’aime bien.

En début d’après-midi, je me prépare des frites, par vice : je les noie sous une épaisse couche de mayonnaise Devos-Lemmens, que Xave m’a ramenée de Belgique. En fermant les yeux, je peux m’imaginer sur la Grand-Place de Bruges, devant la baraque verte qui vend aussi des fricadelles et tout un tas de choses grasses et appétissantes… Après, je stagne un peu. Coup de mou : une nouvelle semaine qui commence, pas la plus facile, et pas de perspectives vraiment marrantes. J’écoute un peu de musique, je bouquine pour me reposer… Finalement, je décide de me secouer les puces et je m’installe devant l’ordi pour me colleter à mon polar. Et là, dring : « Bonjour, c’est Éric Machin, de l’agence Truc. J’ai un boulot pour toi, si ça t’intéresse ! » Tu parles, que ça m’intéresse ! On prend rendez-vous, je raccroche et je braille de joie dans la maison vide. Puis je repars à la mer pour fêter ça. Je m’offre un paquet de Camel au café du port et je m’allonge sur la plage pendant une heure. On se croirait en été, sauf que je suis seul à trois kilomètres à la ronde. Le soleil me chauffe le visage, j’entends à peine le bruit des vagues, la plage est inondée de jaune et de bleu… J’en ai un peu marre de cette vie de cyclothymique chronique. Je pourrais pas avoir un bon petit boulot bien stable, moi aussi ?

Mardi 10. La journée de la libération, puisque depuis cet après-midi, ça y est, c’est officiel : je n’ai plus aucun lien avec le groupe dont je m’occupais quand j’ai commencé ce blog. Ça faisait un an que j’attendais ça, je devrais me réjouir. Mais j’ai attaqué la journée en vendant quasiment toutes les bandes dessinées qui me restaient, et ça me chiffonne quand même un peu. Pendant dix ans, j’ai engraissé un marchand en lui achetant très cher des albums de collection. Et depuis un an, je continue de lui assurer une retraite dorée en les lui revendant pour une bouchée de pain… Sic transit gloria nonali. Je me raisonne en me disant que les choses matérielles sont sans importance, et puis je suis tellement écœuré que je n’arrive plus à en lire, des BD. Mais quand même, elle était belle, ma collec. Ce soir, les étagères vides me collent un méchant bourdon.

Mercredi 11. Belle journée, qui commence bien : un petit tour à la rédac du trimestriel pour leur rappeler que j’existe et leur fourguer un sujet sympa. Il est pris, mais pour le numéro de décembre : je vais le faire la semaine prochaine, pour être payé dans sept mois. Putain, ça motive. Après, je vois le pédégé d’une boîte de com’ à qui je pourrais éventuellement vendre des textes. Ça se passe bien, je commence vendredi sur une petite prestation. Je rentre content et je découvre que la rédac’chef du bihebdo m’a assailli de mails : plein de reportages sans intérêt à faire demain et les jours suivants. Pendant que j’y suis, petit tour sur le site — déprimant — de ma banque. Surprise : je n’ai toujours pas été payé par ce journal. Ça fait donc trois mois qu’ils ne m’ont pas versé un centime. TROIS MOIS ! Pigiste, c’est un métier pour finir clochard. Je réprime une envie de hurler.

Jeudi 12. Je suis un zombie. Je rencontre des gens pour des articles, mais ça ne m’intéresse pas et je garde les yeux dans le vague. L’après-midi, je fais le test du Guide de la pige 2005, pour m’occuper. Résultat : « Vous avez moins de trente points. Vous êtes pigiste par erreur. » Formidable, voilà qui va bien m’aider pour aujourd’hui… Je suis content d’avoir placé 29 euros dans ce bouquin, moi.

Vendredi 13. Journée à écouter I’m Down — Lennon-McCartney — en boucle.

Samedi 14. H. et S. viennent pour la journée. Chaleur humaine, lasagnes ratées et un peu trop de calva : je me sens en vie.

Dimanche 15. Belle-Maman garde les enfants pendant qu’on va voir Mon petit doigt m’a dit… au cinéma. J’adore Catherine Frot. D’ailleurs, je dois aller faire un reportage sur un film qu’elle s’apprête à tourner, je me sens comme une midinette ! Et le film ? Idéal pour un dimanche pluvieux.