Semaine du 7 mars

Nouveauté dans le « grenier » : j’ai décidé de raconter mes journées comme dans un vrai blog. Aucun intérêt pour vous, mais ça me permet de faire le point sur le temps qui passe, l’inaction qui guette, tout ça…

Lundi 7 mars. Symptômes de début de gastro, pas glop. Lever, café, clope, bain. J’ai emmené les enfants à l’école, en retard comme d’habitude. Puis j’ai lu mes mails et j’ai bossé un petit peu à mon « projet secret ». Pas longtemps. J’ai fait du pain et une pasta pour le soir, vaisselle, ménage… Mangé un bout de mon pain avec un peu de fromage vers 14 heures. Commandé un livre de poche sur fnac.com, lavé le chien, lancé une lessive puis un sèche-linge. Entendu une pièce d’Erik Satie adaptée par Galliano et, curieusement, j’ai aimé. Pas vraiment pu bosser sur mon ordinateur, tout occupé qu’il était à convertir mon press-book en PDF — j’ai trouvé un logiciel gratuit qui fait ça très bien, mais très, très lentement pour mon pauvre petit Pentium II… Les enfants sont rentrés avec leur mère, on a dessiné, lu trois livres. Bain des petits, repas, coucher, je me suis aliéné la tête devant un reportage idiot sur des gens qui veulent ruiner leur vie et leur santé dans des métiers qui m’effraient. Bouquin, dodo. Moralité : une journée de merde.

Mardi 8 mars. Lever, café, clope, caca, école… À dix heures, pour tromper l’ennui, j’ai envoyé un mail à l’émission de Patricia Martin, sur France Inter. Ils m’ont rappelé pour faire l’auditeur à l’antenne. Fait du pain, mangé un sandwich, travaillé un peu au « projet secret », que nous appellerons désormais « projet Bartlebooth » parce que faut pas déconner, merde. Distribution aux « cantines du muscle cardiaque ». On a perdu deux bénéficiaires cette semaine. Un homme de 36 ans — overdose — et une femme de 46 ans, morte d’une « hémorragie » à l’hôpital. Retour à la maison, je me suis endormi une demi-heure sur Bartlebooth. Retour des petits avec leurs carnets d’évaluation scolaire — à trois ans ? —, j’ai préparé un tandoori. Regardé un dévédé pour passer le temps. Il est 23 h 18 et je suis trop flapi pour travailler comme j’en avais le projet. Direction mon lit. Résultat des courses : journée à chier.

Mercredi 9 mars. Mercredi, donc journée au ralenti : les enfants et les profs sont à la maison, ça complique tout. J’ai eu une chouette idée de nouvelle, cet après-midi. Il faut absolument que je m’y colle demain matin, sinon je vais encore oublier. À suivre.

Jeudi 10 mars. Je vais bientôt manquer d’adjectifs scatologiques pour qualifier mes journées. À part ça, il n’était déjà pas question que je vote « oui » à l’Europe ultralibérale telle que la rêvent le Medef, l’OMC et les amis de Sarkozy. Voilà que Xave me fournit une raison supplémentaire de m’énerver. Ah, et puis le monsieur du SNJ — Syndicat national des journalistes — me confirme par mail que je peux toujours alerter l’inspection du travail pour dénoncer les méchants qui m’ont arnaqué, mais que ma cause est perdue d’avance : la loi qui autorise les journaux à utiliser des CLP — correspondants locaux de presse, p’tain, suivez un peu ! — à hue et à dia fait quatre ou cinq lignes. N’importe quel avocat en fait ce qu’il veut. Chouette ! Que n’ai-je organisé ma jeunesse pour devenir patron de presse…

Vendredi 11 mars. Coup de fil de la rédactrice en chef du bihebdo du coin, ce matin : « Dis donc, je me demandais si tu pouvais dégager un peu de temps dans ton planning… » Et voilà ! À vouloir envoyer à tout prix des signes de normalité sociale — genre tout va bien, je ne me nourris pas que de pommes de terre, je mène une existence palpitante et je n’ai pas une minute à moi —, on risque de passer à côté d’un peu de travail. Tout ça parce que les gens croient à ces airs qu’on se donne… C’est rageant. En même temps, je peux quand même pas porter une pancarte qui dirait « au secours, je touche le fond », ce serait pathétique… Enfin bref, j’ai rendez-vous avec elle mercredi prochain, ça va me donner l’illusion que j’ai du boulot, la vie est vraiment formidable.


À part ça, je me suis mis tout seul à la porte de chez moi, cet après-midi. En rentrant des cantines du muscle cardiaque, j’ai réalisé que j’avais laissé mes clés à l’intérieur de la maison… Acte manqué ou pas ? Dans le doute, je suis allé me balader sur la grève. C’était joli, mais il faisait un petit vent de nord à vous glacer la moelle, et j’aime moins quand c’est la basse mer. Alors je me suis rabattu sur le marais, où je suis allé me perdre — au sens propre, hein ! — une petite heure. Le temps de voir une pie posée sur une vache, dont elle nettoyait le dos avec application. Exactement comme ces petits oiseaux qui fraternisent avec les hippopotames. J’ai jamais eu de vache, et la seule pie dont je me sois occupé est morte trop tôt pour me parler de ses fréquentations chez les bovins. Mais j’ai trouvé ça dingue.