Semaine du 11 avril
18/04/2005
Lundi 11. Je sèche encore la visite à la ville, ça va finir par se voir. Circonstances atténuantes : j’ai vraiment beaucoup de travail.
Mardi 12. Le mardi, c’est jour de parution du bihebdo où je commets des papiers pas intéressants. Aujourd’hui, il y en a plein à moi. Des heures de déplacement et de rédaction acharnée, beaucoup de cigarettes et de café, et tout ça pour pas grand-chose — j’ai fait le compte. Même en mettant les bouchées doubles, je gagnerais à peine de quoi survivre. En conséquence, je décide de mettre les bouchées triples — ça se dit ? En résumé, ça veut dire : bosser comme un malade, dormir peu, garder un peu de temps pour les autres journaux qui me paient, garder le rythme… Et peut-être arriver à m’en sortir un jour. Putain, c’est pas gagné !
Mercredi 13. Gardons le rythme : je travaille de 8 heures à 23 heures, sans aucune pause, sans débander. Et encore, j’ai de la chance : j’écris plutôt plus vite que la moyenne. T. et Zaco3000 me laissent des messages sur le répondeur : est-ce qu’ils me croiront si je leur dis que je N’AI PAS les dix minutes nécessaires pour les rappeler ? En me couchant, complètement rincé, je fais les comptes de ce que j’ai gagné aujourd’hui : 45 euros tout ronds, sans déduire l’essence. Wouah, les mecs, j’arrive à la fantastique moyenne de 3 euros de l’heure ! En Roumanie, je serais pété de thunes, avec ça.
Jeudi 14, 14 h 08. 10 h 30, ce matin : « Toc toc toc », c’est le facteur. Voilà un gars souriant et sympathique, à qui j’aime bien serrer la main, mais pas chez moi. Matinée légumineuse, déjeuner boulimique : je me suis fait des frites. Que j’ai mangées avec les doigts et de la mayonnaise. Et j’en ai repris deux fois. Tout ça en regardant la télévision — ! — et en terminant par deux Bounty. C’est dire si je pète la forme. La maison est dégueulasse, pas rangée depuis le départ des minus à l’école. Et, dans le bureau où je tape ces lignes, les volets sont encore fermés, aïe les yeux. La maison pue l’huile grasse, et mon imbécile de chien répand son odeur sur le canapé. Quant à moi, je suis vaseux comme un lendemain de fête, mais sans la fête. 14 h 13 : vais-je réagir et laisser venir à moi les ondes positives, ou vais-je m’effondrer comme une merde dans le canapé en attendant mieux ?
Le même jour, 20 h 41. Réponse au suspense précédent : finalement, je me suis ressaisi, j’ai mis London Calling à fond, je me suis fait un petit café et j’ai expédié mon ménage en hurlant « I’m Not Down » plus fort que les Clash. Y a pas à dire, le punk rock, ça régénère. Après ça, je suis allé faire le parent d’élève — beuark —, puis j’ai nourri-bercé-couché les petits pendant que leur mère fait la java avec ses amis de la salle des profs. J’aime autant ne pas y être : au milieu d’une horde de sociétaires de la Camif, je hurle. Nouveau suspense : vais-je regarder l’édifiant show de propagande orchestré par TF1 et l’Élysée ? Ou vais-je plonger dans mon bouquin en me gavant de Camel et de café ? Aaarh, le dilemme est insoutenable.
Beaucoup plus tard. Bon, bin finalement, j’ai regardé dix minutes. L’Élysée avait sélectionné 83 jeunes, mais on ne peut pas dire qu’il avait choisi les contradicteurs les plus dangereux. J’ai bien ri.
Vendredi 15. Interviews, boulot, dodo.
Samedi 16. Enfer et stagnation.
Dimanche 17. Vide-grenier dans mon quartier. J’ai fini ma vente rincé — au sens propre et au figuré —, mais c’était sympa de voir de l’animation par chez moi. Et puis je me suis débarrassé de trois machines à écrire et d’une poussette double qui m’encombraient, joie. Journée finie plus doucement qu’elle n’avait commencé : bain chaud et bouquin.