Mathématiques élémentaires
24/05/2005
Problème de mathématiques — CM1
Jean-Smicard gagne 950 euros mensuels. En se serrant la ceinture, il parvient à n’en dépenser que 900 par mois, toutes charges confondues : loyer, assurances, téléphone, électricité, etc., ainsi que la maigre pitance qu’il sert à ses enfants au regard pâle.
Question : le 1er janvier, le compte bancaire de Jean-Smicard est à zéro et son titulaire n’a aucune dette. Quelle sera sa situation le 31 décembre ? Expliquez.
Copie du petit Jean-Benoît Sarkozy — élève de CM1 à Sainte-Cécilia-de-Neuilly :
Grâce à la gestion rigoureuse de son budget modeste mais honnête, ce sympathique travailleur de la France d’en bas aura économisé 12 × 50 euros, soit 600 euros à la fin de l’année. Bravo ! Il va pouvoir les dépenser et relancer la consommation, comme il dit, mon papa.
Note : 0/10. Nul. Copie à faire signer par vos parents.
Correction du sujet :
À la fin de l’année, comme vous l’avez deviné, Jean-Smicard aura les huissiers aux fesses. En effet, sa banque veille au respect de la morale et des bonnes mœurs libérales : à chaque fois que, en fin de mois, Jean-Smicard se laisse aller à libeller un chèque pour offrir un peu de pain rassis à ses mômes, sa banque lui compte des frais : 13,80 euros de « commission d’intervention », plus les agios.
Le plus souvent, tout de même — car Jean-Smicard est scrupuleux —, il attend de pouvoir déposer son chèque de salaire sur son compte avant d’aller faire les courses. Impayable, Jean-Smicard ! Il a oublié la date de valeur, qui fait que ses sous ne seront en fait crédités que trois jours plus tard, alors que son règlement à lui est bien débité dès le lendemain. La nuit, parfois, on entend le banquier de Jean-Smicard pousser des hurlements de plaisir en pensant à tous ces sous de pauvres qui s’accumulent sur son bilan.
Dès le 3 février, Jean-Smicard a donc « bénéficié » de quatre commissions d’intervention : achat de bouffe, tiers provisionnel, un plein d’essence et quelques vêtements pour ses enfants.
À la fin avril, les frais prélevés par la banque sont plus importants que les 50 euros de rab qu’il croyait pouvoir économiser chaque mois. Et ce, en vertu d’un principe simplissime : moins il a d’argent sur son compte, plus on lui en prend.
À la fin de l’année, Jean-Smicard doit donc environ 400 euros à sa banque. Bien sûr, tout ça n’aurait pas eu lieu s’il avait eu une petite autorisation de découvert. Mais non ! Les revenus de Jean-Smicard n’intéressent pas les grosses têtes de sa banque. Tant pis ! Il n’avait qu’à faire des études et devenir banquier à son tour ! En attendant, qu’il se débrouille avec les huissiers et qu’il soit content d’avoir un compte en banque. C’est pas donné à tout le monde, ça, Monsieur !
Allez, rassurez-vous : grâce à Cofidis, Finaref, Cetelem et consorts, Jean-Smicard va pouvoir emprunter de l’argent à 17 % de TEG pour rembourser sa banque. Ouf ! On respire. Voilà une belle histoire qui finit bien.
